Blanche-Neige, histoire d’un Prince de MarDi (Marie Dilasser) débute là où la majorité
des contes s'achèvent.
Ici, les personnages ne vivent pas heureux. Ils n’ont pas de nombreux enfants.
Ils sont solitaires. Ils célèbrent leur union jusqu’à l’excès. Par peur de s’ennuyer, ils
consomment et pillent leur royaume.
Ils le ravagent.
L’imaginaire Disney nous a peu à peu fait oublier que c’est la violence qui domine
dans les contes de notre enfance. Cette mythologie populaire est construite sur des
rapports de pouvoir, de classe, de genre.
MarDi (Marie Dilasser), dans sa langue unique, nous invite à gratter sous le vernis
princier.
Elle nous montre une nature abîmée, salie, où seul l’imaginaire peut encore tout sauver.
Elle évoque avec malice d’autres modèles de corps, d’autres modèles de couple.
Qu’on le veuille ou non, on finit toujours par revenir à l’univers du conte.
Publicité, cinéma, littérature : on ne peut y échapper.
Pourquoi ces modèles archaïques sont-ils encore si présents dans notre culture ?
Quels enseignements continue-t-on à y trouver ?
Pourquoi mettre toujours en avant, dans les adaptations hollywoodiennes, les
mêmes situations et personnages stéréotypés ?
Aussi loin que je m’en souvienne, je me suis toujours méfié des histoires qui
débutaient par “Il était une fois...”
Peut-être parce qu’elles étaient un peu trop manichéennes.
Que les épreuves s’y résolvaient toujours un peu trop facilement.
Que tout le monde y était un peu trop parfait.
Ou, peut-être tout simplement, parce que je ne m’y sentais pas représenté.
Je n’y avais pas ma place.
Ce qui m’intéresse avec Blanche-Neige, Histoire d’un Prince, c’est que, pour une
fois, c’est l'étrange, le bizarre, le baroque et l’inconvenant que l’on célèbre.
Que tout y est bien plus nuancé et complexe que ce que l’on croit connaître.
Humour, outrance, faux-cils et barbes postiches seront nos outils de prédilection
pour interroger cette fable et ce qui continue à nous lier à elle.
Nous nous appuierons sur l’esthétique du dessin animé de Walt Disney pour les
silhouettes des personnages, tout en injectant des éléments propre à l’art du drag
(queen et king). Le texte de MarDi (Marie Dilasser) se prête à une réflexion sur le
genre et ses représentations, et nous souhaitons renforcer cette démarche par un jeu
sur l’outrance et la démesure (talons-hauts, corsets, perruques).
Le drag est politique en cela qu’il réemploie les codes de la féminité et de la
masculinité de manière exacerbée pour en soulever le ridicule et les limites.
C’est ce qui nous intéresse.
Une structure dévoilant successivement des toiles peintes, représentant les divers
lieux et les différents personnages de l’action sera le principal élément de
scénographie.
Le spectacle sera mis en musique par Anna Bouchet.
Des passages musicaux seront interprétés en direct au plateau par les
comédien.nes. La chanson, le lipsync, l’esthétique du numéro de cabaret seront au
centre de notre proposition.
La régie se fera à vue, pour permettre de voir se fabriquer le conte sous l'œil des
spectateurs.
La création sera suffisamment minimaliste pour limiter les contraintes techniques en
tournée.
Quelques illustrations de recherche :
crédits photos : © 2025 G.Langou, © 2025 A.Marini
crédits illustrations : © 2025 G.Langou